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mercredi, 04 février 2026
LE CHOIX DES MOTS : Tragique : Un élève de 3ème poignarde grièvement sa professeure en plein cours.
Les titres :
RTL : "Une prof 'dans un état stable', un collégien de 14 ans en garde à vue, des tensions récentes..."
Le Dauphiné : "Un élève poignarde une prof : "On pensait qu'il n'avait pas vraiment de couteau."
L'Avenir : "Une prof poignardée en classe : ses jours sont en danger"
RMC : "Prof poignardée : les fouilles de sacs, vraiment utiles ?

La plupart des journaux ont utilisé le mot "prof" dans leur première annonce. Quand un policier se fait tuer ou agresser, on lit "poulet" ou "flic" ? Pas de tragédie dans le ressenti de ces titres. On ne cherche que des explications pour justifier l'acte. Certains ont l'air déçu quand le préfet annonce qu'il n'y a aucun lien politique ou religieux. Et j'ai même lu des commentaires ramenant cet acte à un possible harcèlement de la part de la professeure ! On mentionne plusieurs fois qu'elle avait fait plusieurs rapports sur le comportement de cet élève. Rédiger des comptes rendus d'incidents est devenu une pratique quasi obligatoire dans les établissements. S'il se produit un drame (c'en est un ici, même si les journalistes [journaleux ?] ne le disent pas) il y a enquête et si le professeur n'a rien signalé il peut en subir de graves conséquences. Cela devrait également permettre, quand les incidents se répètent, de trouver des moyens de prévenir un incident plus grave.
L'enseignante est dans un état stable. Bon, tant mieux, on va pouvoir parler d'autre chose. On va pouvoir réclamer des portiques et des fouilles à l'entrée des établissements, de la police à l'intérieur. L'élève n'a pas d'origines étrangères, mais quand même il est en foyer. Ouf. On va quand même pouvoir taper sur les marginaux.
Personnellement aujourd'hui je m'inquiète plus pour la professeure d'arts plastiques qui est entre la vie et la mort, qui va sortir traumatisée même si son corps guérit, que pour le garçon, qui va être pris en charge, au pire ira dans un centre éducatif, et peut-être comprendra un jour la gravité de son acte. L'enseignante, elle, devra se faire suivre psychologiquement, travailler encore quatre ans, réussir à croire que tout ce qu'elle a donné à son métier n'était pas vain.
J'étais encore professeure d'anglais il y a six ans et les dernières années le stress, l'inquiétude parfois, me pesaient beaucoup. Quand on est jeune, on est un peu inconscient des risques. Je me rappelle encore qu'un élève de mon collège, il y a35 ans, avait apporté une arme à feu, chargée !, au collège sans que personne ne s'en aperçoive sur le moment. C'était un fils de gens "normaux", sans histoires, qui avait pris l'arme de son père et l'avait cachée dans son cartable pour la montrer à ses copains. Heureusement l'envie de s'en servir ne lui est pas venue à l'esprit. J'ai su qu'il était venu dans mon cours avec ça, assis au premier rang, comme d'habitude. Heureusement, j'ai été "gentille" avec lui, élève par ailleurs poli et assez introverti.
Une autre fois, un élève en retard de deux ans en 3ème, s'est précipité vers moi suite à une de mes remarques, et s'est arrêté juste à temps. J'avais eu le temps d'avoir peur de son mètre 80 et d'une éventuelle et plausible agression physique.
S'il m'était arrivé quelque chose, j'aurais aimé que les articles, les commentateurs, les journalistes, les internautes, parlent de l'événement avec respect, rien que pour mes autres élèves, mes collègues, ma famille, mes voisins...
Beaucoup de gens se sont exprimés sur les réseaux à propos de ce terme "prof" utilisé majoritairement hier, et aujourd'hui la plupart des journaux ont corrigé leur copie. J'espère qu'ils s'amélioreront à la prochaine.
16:40 Publié dans Actus, Agacements, Emotion, Humeurs, J'suis quand même un peu prof..., Scandaleux, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drame au collège, professeure, enseignante


















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