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mercredi, 08 septembre 2021

"Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l'exercice du corps."*

C'est une librairie.

Je la fréquente depuis que je suis toute petite. Il y en avait une autre, très bien aussi, dans le temps, mais elle a fermé. Ma librairie a failli fermer deux fois aussi récemment. Le temps est très dur pour les livres. Surtout pour ceux qu'on ne vend pas par internet. Personnellement je préfère traîner dans les rayons, les étages, lire les petites notes que les libraires rédigent, feuilleter les livres d'art, sans pour autant vouloir les acheter. Et maintenant, ma librairie a été rachetée par une maison qui vend du matériel artistique et ça me donne deux fois plus de raisons de venir. Et puis les vendeuses sont adorables. L'une d'elles m'a un jour retrouvée dans l'annuaire et a réussi à me prévenir que j'avais oublié mon téléphone sur l'une des tables du magasin. J'avais déjà commencé à m'angoisser, mais ne me revoyais absolument pas le poser à côté des livres, pour choisir. Mon téléphone actuel n'affiche plus mon nom quand on l'ouvre sans avoir le code. Elle ne pourrait plus me prévenir. Aujourd'hui, comme j'achetais des livres de poche pour en faire cadeau aux amis que je vais croiser le long d'un prochain périple, elle m'a offert 5 livres pour 5 achetés ! le double de la promo que j'ai découverte en rentrant chez moi et que font Livre de Poche et 10/18. En principe, c'est un livre offert pour deux achetés ! 

Evitez les supermarchés, les "centres culturels commerciaux", les sites comme Ah-Ma Zone ! qui exploitent leurs personnels, et allez dans les librairies de vos centres-villes ou de vos quartiers. Les gens y sont gentils, ça sent bon, et on y passe de bons moments. Parfois on y rencontre même les gens qui écrivent les mots qui nous plaisent.

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*Emmanuel Kant

mardi, 24 août 2021

L'enfance et la vieillesse se ressemblent, dans les deux cas, pour des raisons différentes, on est plutôt désarmé. *

Je viens de perdre mon dernier pilier. La petite sœur de ma maman. Il m'est difficile de réaliser comme un fait que je n'ai vécu que 18 ans dans une famille complète et heureuse, alors que j'ai vécu 46 ans sans mon frère, 36 ans sans ma mère et 26 ans sans mon père. Et hier celle qui m'a soutenue tout ce temps est partie elle aussi. La petite sœur de ma maman, ma marraine, ma tante, qui fut aussi ma maîtresse d'école, et mon soutien ces dernières années, jusqu'à ce que la maladie d'Aloÿs nous la vole. Je l'ai suivie jusqu'au délire, ai ri et chanté quand on pouvait encore. Et puis simplement je l'ai tenue dans mes bras, quand les règlements anti-virus ne me l'interdisaient pas. Hier elle est partie, doucement avec deux mains qu'elle avait aimées dans les siennes. A chaque expiration elle les serraient, et d'un seul coup, elle n'a plus serré. Il était 12h01. J'ai pleuré, puis ai trouvé la force de vivre cette saleté de journée grâce à toutes les démarches qu'on nous impose.


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tristesse,mais pas que.

 

 

 

 

 

 

 

 

*Susanna Tamaro, Va où ton cœur te porte.

dimanche, 27 juin 2021

En dix phrases, les dix commandements expriment l'essentiel de la vie. Et ces trois mots - liberté, égalité, fraternité - en font autant.*

 

En cherchant sur Google ce matin, j’ai lu que c’était le 80ème anniversaire de la naissance du cinéaste polonais Krzystof Kiesllowski. Quelle tristesse qu’il soit mort à 54 ans ! Il avait certainement d’autres chefs-d’œuvres à nous offrir.

Je l’ai découvert avec le Décalogue et Tu ne tueras point.

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Puis il m’a bouleversée avec La Double Vie de Véronique.

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Bleu a eu un effet cathartique sur moi qui n’arrivais pas à me libérer de la douleur de mes deuils. Evidemment, il n’a pas fallu qu’un film. Et il me faudra encore nombre de livres,  films et autres œuvres d’art de cette trempe. Mais Bleu, m’a fait pleurer et accepter, oser mes larmes.

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Et puis, lors d’un stage de vidéo (organisé et payé par l’Education Nationale un été, du temps où cette institution considérait important d’avoir des professeurs cultivés, ouverts sur l’art et la politique) j’ai rencontré l’Amateur, tourné en Pologne en 1979 et j’ai compris mieux qui était Kieslowski.

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Son cœur l’a lâché en 1996.

Mais je vais profiter de ma retraite pour voir ses films que je n’ai pas encore eu la chance de vivre.

*Krzystof Kiesllowski

mardi, 11 mai 2021

“On ne pourrait pas apprécier la lumière, si nous ne connaissions pas les ténèbres.”*

Le moral revient, les activités aussi. Ou dans l'ordre inverse.

Hier soir j'ai assisté à un concert  en compagnie d'une amie allemande. 

Elle l'a accompagné d'un verre de rosé et moi d'une flûte de champagne. 

J'étais chez moi, et en même temps, dessinais. Elle était chez elle, à 800 km d'ici. Mais de temps en temps, nous échangions nos impressions. Je ne dis pas que c'est pareil qu'être ensemble à un concert, mais de toutes façons, vu où nous habitons, ce ne serait pas possible.

Le plus frustrant vraiment est de ne pas pouvoir applaudir à la fin des morceaux.

La chanteuse, c'était Lisa Bassenge, elle jouait et nous parlait en direct de Halle, Allemagne, où se déroule d'habitude à cette époque de l'année un festival de chanteuses de jazz. J'ai presque tout compris à ce qu'elle disait, et ce qu'elle chantait était en anglais.

Je vous offre le lien, apparemment vous pouvez l'écouter en différé. La parlotte de présentation au début ne dure pas longtemps !

https://www.womeninjazz.de/event.php?id=1012

Si vous cliquez sur l'icône en haut à gauche, vous aurez sur la droite de la page la liste des artistes avec les jours et heures de leurs concerts. N'hésitez pas, en direct ou en différé, c'est gratuit.

Une autre année, j'irai peut-être en Allemagne pour assister au festival.

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*M. Scott Peck

samedi, 08 mai 2021

“Un pessimiste, c'est un optimiste qui a beaucoup d'expérience.” *

L’extérieur influence mon intérieur. Ce que j’entends et ce que je vois m’usent. Surtout quand les contradictions et les mensonges affluent. Même la météo nous ment ! Pourquoi nous annoncer un superbe weekend, et confirmer ce matin qu’il va faire 31 ° alors qu’il fait gris et frisquet ?

Mes jours se suivent, se ressemblent. Mes projets n’arrivent pas toujours à me booster. Mon corps me dit non. Tous les soirs, depuis le vaccin, j’ai de la fièvre. Et puis j’ai mal aux hanches. Et hier et ce matin un mal de tête s’est invité.

J’ai des choses à faire : une peinture à finir, une tarte à la rhubarbe, des coups de fil à passer. Mais je déteste toujours autant le téléphone. Bon, allez, j’ai envie d’être positive. De quoi pourrais-je parler ?

J’ai trouvé un site de produit bio sympa, pas trop cher, j’ai réussi à y trouver un cadeau d’anniversaire pour ma petite filleule de cœur qui a bientôt 26 ans !  Depuis deux ans, je ne peux plus envisager de lui offrir une journée à Paris, comme je le faisais quand elle était petite.

Des bébés naissent autour de moi, de parents que j’ai câlinés, portés, nourris, habillés, quand ils étaient bébés eux-mêmes. C’est très émouvant. Je ne serai jamais grand-mère, ben non, pour ça il faut avoir été mère, mais j’existerai pour eux.

Heureusement qu’il y a internet, je peux quand même faire du shopping et rêver de faire plaisir.

Demain, je marcherai. Je marcherai combativement, dans l’engagement. Deux marches se retrouveront car aucune cause ne peut exister sans les autres. Le climat et la culture. Le weekend dernier j’ai manifesté pour lutter contre la suppression des droits des travailleurs. Et le weekend précédent, je me suis rassemblée avec beaucoup de gens de ma ville sidérés et révoltés par le meurtre sordide d’une femme trans. Quand pourrai-je avoir un weekend tranquille où je ne me sente pas obligée d’aller crier ma colère ? Quand les décideurs cesseront ils d’être sourds ?

Les gens disent « vivement qu’on ressorte, qu’on revive normalement ! »

Pourquoi je n’arrive pas à y croire ?

Vive la Vie, blog de femme, femme, vie, quotidien, avenir

 

* Oscar Wilde

mercredi, 21 avril 2021

"Mon projet préféré ? C'est le prochain." *

Envie d’écrire, mais sur quoi ?

Tout ce que je fais ces temps-ci me semble si peu intéressant.

Ah, si !

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Dimanche je suis allée danser (comme je pouvais avec ma cheville) devant le théâtre de ma ville. Des artistes, intermittents techniciens, spectateurs potentiels, étaient venus des trois villes du coin. Il faisait beau, la plupart des gens avaient un masque, les distances étaient gardées, mais c’était très sympa quand même, bien que sans grand espoir de voir le gouvernement prendre en compte ce secteur de notre société. Roselyne a été hospitalisée, apparemment elle allait mieux, mais depuis, on ne l’entend plus.

Peut-être le virus s’est il attaqué à ses cordes vocales ?

Pour aller retrouver cet événement politico-festif j’ai pris mes pieds. 6 kilomètres aller/retour. C’est à peu près la distance que je parcours quand je fais ma séance de « sport ». 6 à 7 km. J’espère pouvoir faire plus cet été. Je bosse comme une folle chez le kiné et je sens la force revenir dans mon mollet.

Cet été, à la fois si proche et si loin. Que vais-je en faire ? Des amis nous ont proposé une maison à Saint-Malo début juillet, et ça nous tente bien. Mais je rêve aussi de repartir en Grande-Bretagne. La question, aurai-je été vaccinée d’ici là ? Maintenant que je coche bien les cases, je n’arrive pas à obtenir un rendez-vous…

Envie d’écrire donc, d’inventer, mais encore faut-il être inspirée. Du coup, je me suis inscrite à un atelier d’écriture, qui j’espère ne sera pas annulé, en septembre en Ardèche. Mon coin préféré de France. Quelle chance ! La fin d’été là-bas, je n’ai jamais eu la chance de vivre ça. En plus ça me donnera l’occasion de revoir quelques amis, qui me manquent malgré le téléphone, les visio, et autres moyens de communication à la mode.

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L’Ardèche, c’est des paysages, des sensations, des odeurs. J’espère que mon odorat aura récupéré d’ici là.

* Frank Lloyd Wright

samedi, 20 février 2021

Les horaires de la vie devraient prévoir un moment, un moment précis de la journée, où l'on pourrait s'apitoyer sur son sort. *

Le temps passe. Sans repères. Sauf ceux de la journée, qu’on nous impose. Quelles que soient les activités, ou non-activités prévues, tout doit s’arrêter à 18 h. Cet hiver, on a supporté. A 18h de toutes façons, il fait nuit. Je suis retraitée, donc je n’ai pas d’obligations, sauf d’aller parfois faire une course, poster une lettre et me donner un maximum lors de mes séances de kiné.

Deux fois par semaine j’ai l’impression d’appartenir à la société française, mais de loin. Le mardi soir j’ai un cours de peinture et le jeudi soir un cours de yoga. En visio !

Parfois je vois des amis. En mini-groupes ou individuellement, toujours le midi, si on mange ensemble, (ça a dû arriver 3 fois depuis le 1er janvier !) et souvent dehors. Quoi que le plus beau parc de ma ville, où je pourrais me promener tranquillement tous les jours pour rééduquer ma cheville, n’est ouvert que le mercredi et le weekend pour que je puisse profiter des virus et variants des enfants. Elle est cool ma ville !

J’ai appris aujourd’hui que les Balkanys n’iraient pas en taule, mais porteraient 4 ans un bracelet électronique. Notre bracelet est virtuel, comme le reste de nos vies. Mais ça me fait quand même bien ch… de subir la même peine que des escrocs notoires.

Notez, d’un sens, je ne me plains pas. J’ai plusieurs amis en chimio, d’autres qui bossent encore dans des conditions atroces imposées par JMB, ministre incompétent et nuisible, et je n’ai pas rattrapé le covid.

J’espère secrètement que le printemps et ses journées qui rallongent va faire émerger un esprit un peu plus rebelle chez les français. 

Ah, et j'ai oublié : bonne année !

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*Daniel Pennac, La Petite Marchande de Prose

mardi, 24 novembre 2020

Le poète doit faire un tableau noir avec de la lumière.*

Ranger et trier un bureau définitivement après 37 années de carrière, et six ou sept ans d’études supérieures, est une expérience étrangement intéressante et me provoquant moins d’émotions nostalgiques que je ne m’y attendais. Ce sont plutôt des émotions historiques !

Je retrouve des objets, outils, utilisés jusqu’à il n’y a pas si longtemps et pourtant les collègues entrés depuis moins de 15 ans dans la profession n’en ont peut-être même pas entendu parler.

Le tableau de feutre. Un grand tissu feutrine bleu nuit sur lequel on posait des figurines et étiquettes qui s’accrochaient automatiquement grâce à un velcro collé derrière. J’en ai dessiné des objets ! et rédigé des étiquettes, que je pouvais et les élèves aussi déplacer à volonté. C'était en quelque sorte le premier tableau interactif. Les éléments à coller s’achetaient aussi tout faits, mais il n’y avait jamais les images et les mots voulus. Et puis ça coûtait plus cher.

A l’époque, j’étais dans un collège de campagne, pas un rond, et peu de matériel.

Il y a 25 ans j’ai été mutée en lycée de centre ville, récent, et j’ai découvert le rétroprojecteur. On utilisait des transparents. Au départ uniquement avec des stylos permanents ou pas, ça se conservait bien ou s’effaçait à l’eau. Puis j’ai appris à photocopier dessus. J’avais des illustrations, des tableaux, c’était génial. Et enfin, on les a oubliés ces transparents pour n’utiliser que l’ordinateur et le vidéo projecteur. 

Je viens de retrouver une boîte de transparents vierges. Pas question de les jeter. Je vais justement en avoir besoin pour préparer des décos de noël pour mes fenêtres. On peint sur la feuille de plastique, on attend que ça sèche, et on décolle pour poser sur la vitre, ça adhère. C’est magique ! 

Mes transparents vont donc avoir une deuxième vie. Moi aussi, j'espère.

Je vous reparlerai d’autres trouvailles plus tard.

PS : j'ai cherché en vain une photo montrant une séance pédagogique avec tableau de feutre. Et je suis tombée par hasard sur cette BD. Finalement je la trouve adaptée à mon texte.

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EDIT DU 27 NOVEMBRE POUR Elisabeth :

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Tableau de feutre moderne. On ne nous vendait pas de lettres en plastique accrochant sur le feutre à l'époque.

 

 

 

 

 

 

 

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En revanche, là, ça ressemble assez bien à ce que j'utilisais avant d'avoir un ordinateur dans ma salle. C'était plus pratique que l'ordi pour faire des caches, ajouter des commentaires ou signes tout en parlant, car en plus, on ne tournait pas le dos aux élèves.

 

 

 

 

* Olivier Py

mardi, 20 octobre 2020

COLERE, TRISTESSE, EFFAREMENT, SIDERATION.

Que dire ? Je suis atterrée. Au moment même où je faisais mon discours de retraite, assurant mes collègues de mon empathie et mon soutien quant aux conditions de plus en plus difficiles, par la faute de notre hiérarchie, dans lesquelles ils doivent enseigner désormais, un professeur se faisait décapiter. Depuis, pas une minute son visage, son honnêteté, sa femme, leur enfant, ne quittent mon esprit. Je vous partage ici un texte que j'ai trouvé sur facebook. Aux divers sentiments énoncés dans mon titre, j'ajouterai l'écoeurement à voir un gouvernement soutenir un ministre qui n'a rien fait pour protéger ce professeur, mais qui soutient la rectrice de l'académie de Versailles, en mentant éhontément.

 
 
Abasourdi,choqué et bouleversé par le meurtre sauvage de Samuel Paty par décapitation. J'ai été Professeur d'histoire pendant 13 ans en banlieue parisienne de 2001 à 2013, principalement en ZEP et en lycée. Passionné par mon metier, j'ai pu faire découvrir à mes élèves des vers des grands poètes Omar Khayyam ou Abu Nawas chantant l'ivresse du vin, leur faire découvrir la pensée de Ibn Roshd/Averroes qui a tenté de concilier la foi et la raison, leur faire connaître toute la complexité et diversité de l'Islam comme le courant mutazilite ( partisan du Coran incréé qui permettait une interprétation plus ouverte des textes). On ne nous demandait pas d'aller aussi loin mais je ressentais ce besoin de les armer intellectuellement car ils avaient pour beaucoup des connaissances parcellaires d'un Islam fantasmé et nous étions déjà après le choc des attentats du World Trade Center qui je pense a été un véritable point de rupture.
Aujourd'hui, le débat est polarisé par ceux qui instrumentalisent ces dérives identitaires et des revendications communautaristes. J'ai vraiment le sentiment que les racistes anti musulmans et ceux qui en font leur commerce et toutes ces personnes qui crient à l'Islamophobie à tout vent sont des alliés objectifs qui n'existeraient pas l'un sans l'autre. Qu'il est difficile de faire entendre une autre voix plus fragile, plus sensible sur ces questions.
Enfant des années 80, on ne se posait même pas la question de nos croyances religieuses à l'école. Jamais il nous serait venu de demander des exceptions car musulman. En devenant professeur, j'ai pu observer à quel point l'identité musulmane était devenue centrale chez les élèves. Nous devrions nous interroger sur cela aussi. Je suis encore plus halluciné quand des français de culture musulmane hyper privilégiés jouent sur les souffrances réelles d'une partie des musulmans et vénèrent les théories simplistes et essentialistes des indigénistes. Ce 'Eux' et 'Nous' est devenu insupportable !!!
Je ne suis pas un racisé et je ne suis pas une diversité non plus. Quand bien même une certaine élite voudrait me réduire à mon identité première, m'essentialiser. J'ai toujours refusé d'intérioriser ce sentiment d'infériorité ou alors même si j'ai pu parfois le ressentir intimement ou plutôt je m'interrogeais sur la question de ma place, je suis allé m'allonger sur le divan ou alors j'ai tenté de sublimer cela par mes créations artistiques.
Ce que je veux dire par là,c'est qu'on peut aimer la France et son pays d'origine. On peut concilier nos multiples identités sans se soustraire. Oui, il y a un impensé colonial et on en parle de plus en plus et tant mieux mais tous ces discours où on veut nous faire croire que nous vivons ce que les Juifs ont vécu dans les années 30 et où on veut nous faire passer pour les "indigènes de la République" ! Non, les musulmans ne sont pas opprimés en France ! Oui, il y a des salopards racistes islamophobes mais nous nous ne sommes pas obligés d'écouter les inepties de Pascal Praud ou les grosses têtes ! Et tous ces pseudos penseurs
Aux hussards noirs de la République, à mes anciens collègues ! Continuez de transmettre, de distiller l'esprit critique et les idées subversives, d'interroger et de questionner notre monde avec vos élèves. De faire découvrir ces grands islamologues comme Mohamed Arkoun ( RIP)car les médias lui ont préféré la pensée low-cost à la Tarik Ramadan.
Samuel, paix à ton âme, je pense à toi, à ton épouse et à tes proches et espérons que ta mort suscitera un véritable sursaut d'union pour combattre ensemble ces obscurantistes islamistes.
Vive la France fraternelle et notre République métissée !
PS: les parents d'élèves qui ont publié des vidéos pour attaquer verbalement le professeur méritent d'être sévèrement condamnés car les mots peuvent tuer ou pousser au crime. Je remercie mon père qui donnait toujours raison aux professeurs.
Kamal Hachkar, cinéaste franco-marocain, Rabat, le 17 Octobre 2020.

vendredi, 09 octobre 2020

Les couleurs sont les touches d'un clavier, ... *

J’ai repris mon cours de peinture. Mesures Covid évidemment ! Le moins bien : un sens des déplacements a été imposé, ce qui fait qu’à chaque fois qu’on doit aller changer l’eau de son pot ou se laver les mains, on doit faire un détour autour de la salle en passant par l’extérieur. Les élèves, en tout cas lors de cette première séance, derrière leurs masques et aux places indiquées par des autocollants bleu, ont été très statiques. Cela retire un peu de convivialité. Les consignes du prof sont plus difficiles à entendre aussi.

Mais il y a des avantages ! au lieu de la quarantaine ou plus d’élèves des autres années, nous ne sommes que 22 et cela ne devrait pas augmenter. Quel calme ! quel confort ! On a de l’espace, on voit bien tout le monde et le sujet que l’on a à peindre. Et les gens sont plus calmes aussi.

Bref, pour l’instant, je suis ravie de la manière dont mon cours se présente. Et même si je dois limiter le matériel que j’emporte car j’y vais avec mes pieds + le tram, et que ce tram ne me rassure pas, car passé 20h les gens ne portent pas tous un masque, en tout cas correctement, je vais m’y tenir et aller travailler sérieusement ma peinture.

Première séance : cercle chromatique. Dans ma vie, j’ai dû faire cet exercice au moins 6 fois, mais de six manières différentes. Alors, ça ne me dérange pas. Il faut réviser, et que les bases deviennent des réflexes.

La semaine prochaine, on travaillera sur le monochrome. Cela me rend impatiente. Si, si !

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*...les yeux sont les marteaux, et l'âme est le piano lui-même, aux cordes nombreuses, qui entrent en vibration.

Wassily Kandinsky

jeudi, 01 octobre 2020

Happy Retirement to me !

Cette nuit à 0h01 je suis devenue retraitée. C'est-à-dire libre, légère. Je vais pouvoir écrire, dessiner, peindre, marcher, voyager, cuisiner, jouer, rêver, rencontrer, bavarder, fêter, magasiner... Sans culpabiliser parce que mes copies ne sont pas corrigées, mon cours pas prêt. Sans me demander soudain si je n'ai pas oublié quelque chose. Evidemment en raison des circonstances actuelles, il y a des limites à ma liberté. Voyager, sauf si la Covid m'arrête. Marcher, dans les limites où ma cheville le supporte. Mais la légèreté, je vous assure, je la sens déjà.

Samedi, j'organise un petit apéritif pour les happy few qui braveront le virus. Mais nous serons 9. J'ai besoin de voir mes amis, de leur dire que je vais bien. J'ai commencé à cuisiner. Tout en regardant une série sur Prime Vidéo. En anglais bien sûr. Ce matin, des amis m'ont emmenée faire des courses, car je ne conduis pas encore et ADMV prend la voiture pendant la semaine. En revenant, je leur ai proposé un thé, qu'on a bu tranquillement, en bavardant. J'ai le temps, le droit de traîner ! J'adore.

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jeudi, 17 septembre 2020

J'ai participé à un concours de nouvelles

De l’Importance de l’Art

Tous les ans depuis l’an 2000, date à laquelle j’ai emménagé dans cette maison, vous avez vidé ma boîte aux lettres, nourri mon chat, arrosé mes plantes et cueilli les légumes et les fruits qui risquaient de se perdre, pendant que je visitais les musées de Paris, Glasgow, Quimper, Montréal, Tunis et autres villes des pays que j’ai aimé visiter.

Vous l’avez fait avec fidélité, loyauté et conscience. Sans rien me demander, bien au contraire. Il n’était pas rare que je rentre et trouve sur ma table de cuisine un gâteau à la fleur d’oranger ou une bouteille d’hydromel fait maison. Bien sûr j’essayais toujours de vous rapporter un petit cadeau, qui vous fasse un peu voyager, vous qui n’en aviez pas toujours les moyens ni la possibilité. Je me suis réjouie pour vous quand vous avez gagné ce séjour au Portugal, que vous aviez choisi de faire au moment où j’allais découvrir l’immobilité, à cause de mon tendon d’Achille opéré.

Une vibration me dérange dans ce moment de rêverie sur ma terrasse.

- Ah, bonjour Monsieur, comment se passe votre séjour ? 

Son numéro n’est pas dans la liste de mes contacts, mais je reconnais sa voix immédiatement. 

- Très bien, merci, me dit-il. La ville de Lisbonne est magnifique ! et d’ailleurs, je vais vous envoyer des photos.

- C’est très gentil. Mais vous savez, la vue sur nos jardins est belle aussi ! Il y a des nuances de vert invraisemblables ! Et au milieu les petites taches orange des potimarrons, qui rappellent la couleur de mon parasol. Ce matin, un petit vent presque frais me fait me sentir en vacances. J’ai l’impression que si je sortais, à deux-cents mètres, j’aurais la mer.

Je me suis laissée aller à cette évocation presque poétique qui ne ressemble en rien aux conversations que nous avons d’habitude.

- Je vous remercie pour le petit courrier, reprend-il. C’est drôle, c’est rare de recevoir une carte postale quand on est à l’hôtel ! Et pour la photo de votre chat aussi ! Il me manque celui-là.

Il se tait, je suppose qu’il a besoin de quelques secondes pour penser à son jardin, sa maison, se rassurer.

- Je ne voulais pas vous déranger, seulement, je m’inquiète un peu. Je pars tellement rarement de chez moi.

En essayant de prendre un ton réconfortant, mais pas trop condescendant, je lui dis :

- Ne vous en faites pas, vos enfants passent régulièrement. D’ailleurs, on s’est échangé des courgettes contre des tomates. Il fait chaud, mais il reste de l’eau dans la citerne, alors, on peut continuer d’arroser votre potager.

- Oh, c’est bien. Et vous ? vous ne souffrez pas trop ? s’enquiert-il. Je pense à vous dans les musées, vous savez. Je sais que vous les aimez tant.

- Mon pied s’en remet. Je dis cette phrase en la trouvant étrangement sans le moindre sens. Mais je n’ai pas trouvé d’autres mots. Mon pied s’en remet à moi, à ma patience, aux médecins, à son destin de pied.

Et moi, demain, je peins.

Je suis rentré hier. J’ai sonné chez ma voisine, mais elle n’était pas là. Son chat est venu à ma rencontre dans la cour, puis s’est éloigné, comme un prince. Je suis entré dans ma maison, est déposé mes bagages sans les défaire, trop fatigué par ce voyage. C’est décidé, je ne reprendrai plus l’avion. Le stress occasionné par l’embarquement, trouver son chemin, sa porte, s’adresser à la bonne personne, tout cela m’est insupportable. Puis traverser Paris, être à l’heure pour le train pour Reims, dans cette gare où tout pue, et finalement prendre le tram, au milieu des masques, non, définitivement non, je ne referai pas cela.  Le couloir n’a pas changé. La cuisine non plus. Sur un coin de table, les trois ou quatre factures que mes enfants ont dû trouver dans ma boite aux lettres. L’odeur n’est pas la même que d’habitude. C’est drôle, elle me rappelle celle des musées à Lisbonne. Mais ici, je peux enfin m’asseoir. J’envoie un message à ma voisine pour la prévenir que je suis de retour, elle avait l’air un peu inquiète pour moi au téléphone. Je me demande où elle est. A peine remise de son opération et elle est repartie ! Elle m’a toujours étonnée par ses voyages, ses récits de visites. Quelle énergie ! Elle fera d’autres voyages, elle.

Je vais au salon, les fenêtres ont besoin d’être ouvertes. Cette odeur de renfermé, je n’en veux plus. L’arrivée d’un message me surprend. « Bonjour Monsieur Ferreira, contente que vous soyez bien rentré. Je suis au Musée d’Orsay. »

La voilà donc replongée dans la peinture. Sur le canapé, un objet inhabituel. J’acclimate mes yeux à l’obscurité, je devine plus que je ne vois. Mais l’image se dévoile. Une tache orange, des reflets, du vert, des ombres, du soleil, les yeux d’un chat dans les herbes, le rouge vif d’un poivron. Les odeurs me viennent dans la tête, le bruit des insectes au plus fort de la chaleur. Elle l’a peint ce tableau pour moi ! J’ouvre les volets et apparaissent un papillon et une courgette. Mon jardin, mon monde. Vu de chez ma voisine. Si près, si loin.

Que dit votre écriture de vous ? | OpenAsk

mercredi, 26 août 2020

Haïku de la phobie administrative

 

Mal à la tête, casse-tête, pense-bête, internet, retraite.

Vertiges, ça me fige, peur du litige.

Angoisse, poisse, ça passe.

J'ai une phobie administrative

 

mardi, 28 juillet 2020

« Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours »*

Etant chez moi en permanence, ne me déplaçant que de 20 ou 30 mètres maximum à chaque fois, égayant mes déplacements de manœuvres diverses, mais me fatiguant plus qu'on ne peut imaginer à chaque fois, il faut dire qu'il fait chaud, j'opte le plus souvent pour le statisme. Sur mon fauteuil ou assise sur mon lit et utilisant mon ordinateur, je peux difficilement manquer une nouvelle. C'est assez déprimant, car que ce soit dans mon entourage concret ou dans les personnes connues qui font l'actualité, il y a beaucoup de décès. Aujourd'hui, il s'agit de Gisèle Halimi. Comme a dit son fils, elle a eu une "belle vie". Je suppose qu'il entend par là qu'elle a eu une vie active, bien remplie et assez longue pour lui permettre d'accomplir quelques rêves, ambitions, et de mener à bien quelques combats qui la passionnaient. Elle a effectivement fait avancer la cause des femmes, mais je ne peux m'empêcher de penser que ces dernières années, elle étaient sans doute déçue du retour en arrière sur certains droits qui semblaient acquis pour de bon et dans l'évolution du machisme, qui semble indestructible. D'autres femmes se sont battues sur ce terrain et je suis devenue adulte en les lisant, en les écoutant et en essayant d'appliquer à ma vie ce qu'elles m'enseignaient : Benoîte Groult, Françoise Giroud, Evelyne Le Garrec, et d'autres encore moins connues. Je leur rend hommage à toutes aujourd'hui. Bravo et merci à toutes ces femmes qui ont permis à d'autres d'être libres de choisir leur vie. Et courage à celles qui ont encore à se battre, et qui le font bien, à la manière de ce 21ème siècle que j'ai tant de mal à accepter comme le mien.

A lire : 

https://curiosity-club.co/media/je-suis-gisele-halimi/

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/22/gisele-...

 

*Benoîte Groult

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mardi, 14 juillet 2020

Etre enseignant, ce n'est pas un choix de carrière, c'est un choix de vie. *

Je suis presque en retraite ! Officiellement le 1er octobre, mais je ne ferai plus jamais cours. En général, un jour on se dit "aujourd'hui, là, avec cette classe, c'est mon dernier cours." L'an dernier, nous avions même fait la surprise à un ami, d'être là, environ 15 personnes parmi les profs et autres membres du personnel du lycée et de lui chanter avec ses élèves quelques chants révolutionnaires qui lui allaient bien. Je ne sais pas ce qu'on ressent à ce moment-là, et je ne le saurai jamais. Aujourd'hui, je sais que mon dernier cours a eu lieu le vendredi 13 mars, de 13 à 15 h. Il ne devait pas avoir lieu, car mes étudiants de BTS allaient intervenir dans un collège dans un projet commun. Je me réjouissais déjà d'avoir exceptionnellement mon après-midi libérée. Cependant j'étais aussi dans un état d'esprit étrange, puisque pour la première fois dans mes 37 années de carrière, le ministre avait annoncé la veille au soir que tous les établissements scolaires allaient être fermés dès le lundi pour une durée indéterminée. en arrivant au lycée à 8h30 le matin, j'ai appris que finalement, mes étudiants n'allaient pas travailler au collège, et donc, j'avais cours avec eux l'après-midi. Je n'avais rien préparé, aucun matériel, j'ai improvisé. On a regardé quelques vidéos sur le land art, le thème sur lequel nous étions en train de travailler. Puis, nous avons répondu à quelques quiz sur le thème de l'art et du design. J'étais fatiguée, très fatiguée. Je ne pense pas avoir été très dynamique. Je me disais "Je ne sais pas quand je les reverrai." En fait, je ne les ai jamais revus. On s'est écrit, puis souhaité de bonnes vacances. 

A présent je suis immobilisée jusqu'au 18 août et ensuite je commencerai une rééducation sans doute intensive, et au 1er septembre, je ne serai sans doute pas capable de reprendre le travail. De toutes façons, je n'aurai plus de classes. Je serai officiellement "en surnombre" à disposition du lycée, qui n'aura sans doute rien à me demander. Le mois de septembre n'est pas le plus surchargé. Ah, en mars ! j'aurais sûrement été utile à quelqu'un. Tout le monde court et essaie de tenir les délais, en mars.

Voilà, c'était mon dernier cours, et je ne m'en suis pas rendu compte.

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*François Mitterrand  (Je l'ai sans doute cru, en 1983 quand j'ai passé le CAPES.)

mercredi, 03 juin 2020

" Le plus lent marcheur, s'il ne perd pas son but de vue, va encore plus vite que celui qui erre au hasard. "*

Je vais réparer mon corps avant de prendre congé. Ma retraite, je l'ai imaginée cyclant, marchant, lisant, paressant, dessinant, nageant, plein de trucs en -ant, même si la tendance est plutôt aux trucs en -ing. Les deux premiers, depuis la rencontre brutale mon pied gauche et un objet inconnu métallique sur une zone piétonne en Angleterre, sont devenus impossibles. Je marche une heure maximum, à plat, et à la fin j'ai mal. Le vélo, interdit. Depuis le début je dis que mon cerveau ne donne plus d'ordres à mon pied. Mais on m'a dit d'être patiente, qu'une déchirure musculaire faisait souffrir, que mon entorse était une grosse entorse. Et puis, à force que je râle, mon médecin s'est enfin décidée à m'envoyer voir un spécialiste, qui m'a fait passer une IRM. Verdict : Il y a bien eu rupture de mon tendon d'Achille le 28 octobre. J'ai eu peur que cela ne s'opère pas, mais si. Seulement on va devoir utiliser autre chose que mon propre tendon. J'ai pas demandé quoi. On m'a demandé quand ? J'ai dit le plus tôt possible. Ce sera le 6 juillet. Une journée et une nuit de clinique. Ma première opération dans le privé. Ensuite, il y aura 6 semaines d'immobilisation, le pied dans une botte, et déplacements en béquilles. Ca nous mène au 17 août. On avait décidé de ne pas partir en vacances cet été, ça tombe bien. ADMV s'occupera de moi. Je le sais. Elle l'a déjà fait, encore plus longtemps. Ensuite, rééducation. En septembre, je ne savais pas ce que je ferais, eh bien maintenant je sais. J'entretiendrai une relation suivie avec mon kiné. Et puis, le 1er octobre, quand je serai officiellement en retraite, je serai prête et fonctionnelle pour tous les trucs en -ant mentionnés au début de mon texte. 

Et vous, vous faites quoi de votre été ?

Vente en ligne d'articles Botte de marche pour PIED CHEVILLE sur ...

*Gotthold Ephraim Lessing

vendredi, 08 mai 2020

Lire est le seul moyen de vivre plusieurs fois *

J'ai envie de vous présenter un livre. Il a 73 ans. Au début il n'existait pas. Mais deux frère et sœur sans enfant, dont je pourrais vous raconter l'histoire un jour, Fernand et Alice, donnaient leur amour à leurs petits-neveux et nièces en leur offrant des vacances, des moments heureux dans un jardin, et des lectures. La revue Lisette fut achetée toutes les semaines, puis les numéros furent reliés pour en faire un livre. Fernand, ancien ingénieur, était en retraite, avait vécu deux guerres, et voulait toujours apprendre plus. Malgré tout cela, il n'avait pas perdu son optimisme, sa foi en l'humanité, le modernisme, l'avenir. Un relieur qui avait sa boutique pas loin lui a appris la technique. C'est ainsi que mon grenier est plein de livres divers, de plus ou moins grand intérêt, mais merveilleusement reliés. Cet "album de Lisette", comme je l'appelais enfant, a fait mon bonheur. J'ai tout lu, en négligeant sans doute un peu trop les pages couture et tricot. Aujourd'hui, en période de confinement, je le regrette. Sinon, oui, j'ai tout lu. J'y ai acquis autant de principes moraux de base que d'esprit critique. Car oui, certains textes me faisaient sourire, ou bondir, mais j'y puisais ce qu'il y avait d'émotion et de nostalgie universelle. Et savoir que ma mère avait feuilleté ces pages, sans les abîmer du tout, donnait à cette lecture encore plus de valeur. Je pense que je vais relire le roman-feuilleton "Nicole au Pays des Dollars", et me demande quelle idéologie il véhiculait !

 

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* Pierre Dumayet

 

samedi, 25 avril 2020

Avec le confinement, tout est à retardement.

Le confinement est une étrange expérience. Je ne sais pas si c’est dû à mon âge, ou si cela fait la même chose à beaucoup de monde, mais j’ai l’impression que cela me fait assister à ma transformation. Je me vois vieillir. Je me demande si je vais savoir ressortir, remarcher, re-rencontrer du monde et avoir envie de parler. Je m’habitue bien à ne plus être entourée au quotidien de gens dont la plupart ne représentaient pas grand-chose pour moi. Je parle de mon boulot. Mes collègues, sympathiques dans l’ensemble par ailleurs, mes élèves, à qui je souhaite le meilleur pour l’avenir. Mais ne plus les voir ne me manquera pas.

Non, le confinement fait ressortir l’essentiel. Ma famille. Mes amis. Des personnes âgées que je ne reverrai peut-être pas. Un ami est en train de perdre son père qui est en maison de retraite. Une autre, sa maman qui, elle, a la chance d’être chez elle avec son mari. Mais dans les deux cas, je ne les reverrai pas, car je n’ai pas un lien de famille directe avec eux. Vraisemblablement, je ne serai même pas aux obsèques.

Le plus dur dans tout cela, c’est de ne pas pouvoir être présente auprès de mes amis. J’apprends les nouvelles par téléphone, par sms, par mail ou par lettre. Est-ce que cela rend les mauvaises nouvelles plus acceptables, moins traumatisantes ? En tout cas, je peux réagir seule, à distance, et continuer mon confinement. Je n’interromps pas ma vie, comme je l’aurais fait en temps normal, pour rendre visite, serrer dans mes bras, prendre le temps de veiller avec quelqu’un. Le nombre des mauvaises nouvelles a augmenté, et pourtant la douleur étant en mots, mais pas en actes, elle semble me toucher moins. Mais est-ce que ça ne sera pas une explosion d’émotion, de tristesse, de douleur, quand je reverrai en même temps ou presque tous ces gens que j’aime et qui ont perdu, ou sont en train de perdre quelqu’un d’important ?

Ma colère aussi va exploser à retardement. Je ne sais pas comment. Mais tout ce que je lis et entends de la part des gens de pouvoir et d’argent, s’accumule et me rend comme insensible, tellement il y a d’injustices, d’inepties, de violences, dont je suis témoin à distance, mais contre lesquelles je ne peux pas réagir. Pas encore.

 

https://www.amesauvage.com/blog/achat-tableau-n391

achat tableau moderne

mercredi, 08 avril 2020

“Il faut croire que la plus grande inconscience de l’homme, c’est celle de sa propre vie.”*

 

AIRE DE PIQUE NIQUE LE PONT DES BUTTES, BRISSAC LOIRE AUBANCE

Confinement Jour 23

On a d’abord su que les écoles, collèges et lycées fermaient. C’était tellement étrange, inédit, qu’on ne savait pas si l’on devait s’en réjouir ou pas. Evidemment cela signifiait que l’épidémie de Coronavirus devait être grave. On entendait parler de ce qui se passait en Italie, en Alsace, mais sur place, encore rien. D’un autre côté, j’étais prête à exercer mon droit de retrait, et cette annonce de fermeture simplifiait tout. Pas de certificat médical à demander à mon médecin, pas de courrier à faire au médecin de prévention. Dans le weekend, on a fait des courses, comme tout le monde, mais peut-être mois que d’autres, car ADMV qui est prévoyante, avait déjà fait des provisions de produits de base au fur et à mesure qu’elle lisait la presse. Elle était rentrée de son boulot en région parisienne fatiguée, et toussant depuis le mercredi. Moi, j’allais bien, et puis elle est fragile côté ORL, tousse souvent, donc je ne me suis pas inquiétée plus que ça. Mais ça évoluait bizarrement. Une bonne gastro, de la fièvre. Moi, toujours rien. Sauf le lundi soir, de la fièvre aussi. Mal à la tête. On avait déjà décidé depuis le weekend précédent de dormir et se laver chacune à un étage, pour que si l’une était contaminée, l’autre puisse éviter de l’être aussi. Au lycée je passais mon temps à me laver les mains entre chaque cours, depuis dix jours au moins. Le mercredi, elle allait vraiment mal, alors le jeudi elle a obtenu un RV chez son médecin, et est revenue avec un papier la décrivant comme « symptomatique ». On a encore fait plus attention. Ses symptômes se sont aggravés. Toujours fièvre, maux de tête, douleurs dans le dos et les jambes, et puis elle avait perdu l’odorat et le goût. Tout m’est arrivé pareil, à chaque fois 4 jours plus tard. J’ai parlé à mon médecin. Oui, j’étais sûrement contaminée aussi. Pas d’arrêt de travail, je ne voulais perdre ma journée de carence. Pas de test, on ne serait testées que si on était hospitalisées pour essoufflement grave et problème pulmonaire. Pas de traitement. Prendre un peu de doliprane, mais pas trop, car le corps doit se défendre seul et on doit savoir où on en est côté fièvre. Bref, 21 jours pour ADMV, 17 jours pour moi ! Des symptômes variés qui s'enchaînent de manière étonnante. On va mieux. On n’est pas dans les statistiques. On espère ne plus être contagieuses et immunisées, mais les infos sont vagues et contradictoires. On n’est pas sorties pendant tout ce temps, sauf chez le médecin et à la pharmacie. Et hier, première sortie « courses », masquée, parce qu’on ne sait jamais. Autour de nous c’est un peu l’angoisse. Des membres de ma famille sont en Ehpad, d’autres attendent des opérations pour des maladies graves, d’autres bossent en hôpital et risquent leur vie. Et nous, après avoir beaucoup angoissé, on se sent beaucoup mieux, comme guéries, protégées dans notre maison, qu’on se sent privilégiées d’avoir, avec son jardin. Il fait beau. Je bosse, mais c’est plutôt moins fatigant que la classe en vrai. Parfois on oublie presque le monde extérieur. Je vis dans un quartier où les gens respectent assez bien le confinement. Mais je vois des images de rues et de villes où les gens se comportent comme des inconscients. J’ai lu un titre d’article qui parlait d’un « suicide collectif », mais ce n’est pas que ça, c’est aussi un « meurtre collectif ». Et puis il y a des confinés qui craquent, de tous âges. J’appelle régulièrement mes copines célibataires. On a la chance d’être deux. Pour se soigner c’était plus facile aussi.  J’espère que vous allez bien, mes lecteurs.trices.  D’écrire tout ça m’a fait du bien. Je n’arrive pas à être drôle. Désolée.

A midi, on a fait un pique-nique au soleil, accompagnées par le chant des oiseaux et les bourdonnements des insectes. C’était tellement bien !

* Marc Levy

mercredi, 18 mars 2020

“La création, comme la vie, est par définition un processus hors équilibre qui nécessite un certain degré de confinement.” *

Je suis confinée. Je l’attendais. Entre jeudi dernier et dimanche matin, on a eu ordres et contre-ordres de notre hiérarchie, car au ministère, Blanquer a joué à celui qui sait mieux que tout le monde, et s’est fait à chaque fois contredire par le gouvernement, parfois quasi immédiatement.

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Jeudi dernier, j’étais à deux dois d’exercer mon droit de retrait. Mon âge, et un dossier médical qui peut me rendre « à risque ». Le médecin de prévention en est au courant, puisqu’elle m’a accordé un allègement de service. Et à 17h, Blanquer clamait haut et fort que les écoles ne seraient jamais fermées. Jeudi soir, Macron annonce que toutes les écoles, collèges et lycées seraient fermé.es. J’étais soulagée. Vendredi, au lycée, élèves en ébullition, ambiance de pré-vacances. Je mitige leur joie en leur disant qu’on allait assurer une « continuité pédagogique », donc sans doute un travail sur internet. Mais quand même. Tout le monde était un peu énervé. Samedi matin, lettre à tous les profs, de mon chef : on allait effectivement faire du télétravail, mais du lycée, et pour commencer, on était convoqué aux conseils de classes, et à une grande réunion de tous les profs, de la vie scolaire, de la direction. En tout, bien une centaine de personnes. Là, mon sang n’a fait qu’un demi-tour, et je n’étais pas la seule, puisque deux collègues ont tout de suite écrit qu’elles ne viendraient pas, pour raisons médicales. Pour une fois, j’ai essayé de réfléchir avant d’écrire, et j’ai envoyé ma lettre ouverte à la première heure : Je n’irais pas non plus, j’étais solidaire avec les deux collègues, mais je trouvais aberrant et contraire aux propos d’Edouard Philippe de la veille au soir, ou du vendredi, je ne sais plus, qui disait à tout le monde de se confiner ! de favoriser le télétravail quand il était possible. Je montrais clairement le manque de confiance que nous faisait notre hiérarchie, alors que depuis toujours les enseignants travaillent plus d’heures à la maison qu’en classe ! Nous faire venir au lycée aux heures de notre emploi du temps, pour risquer de se contaminer, était véritablement une insulte. J’insistais sur le fait que ce n’était pas parce que nos enfants avaient 16 ans et demi, ou que nous en avions 59, que nous n’étions pas à risque. J’ai eu à peine le temps d’envoyer ma lettre, mon proviseur de me répondre en faisant semblant de penser que j’avais envoyé ma lettre à tous par erreur, que, quelques heures plus tard, contrordre : personne ne viendrait travailler au lycée !

Bref, depuis lundi, je suis de manière quasi-apaisée à la maison. Je travaille environ 4 heures par jour. Le premier a été dur, car la connexion à notre espace numérique de travail buggait, mais depuis ça va. Je communique bien avec mes élèves. Je ne les surcharge pas de travail, mais essaye surtout de leurs donner des pistes pour travailler seul, faire des recherches sur les notions du programme, s’entraîner à la compréhension orale sur You Tube, trouer des exercices de grammaire correspondant à leurs difficultés particulières, et en les soutenant avec un peu d’humour.

Chez nous c’est un peu tendu. ADMV a de la fièvre depuis samedi. Moi, j’en ai eu lundi et la nuit qui a suivi, mais ça va mieux. On guette les symptômes, car tant qu’ils ne sont pas là, on doit prendre du doliprane, et c’est tout. Après tout c’est peut-être un simple virus hivernal, comme ceux qui nous ont pourri la vie depuis le 7 décembre…

Il semble faire beau, mais j’essaye de ne pas trop y penser. Nous essaierons de profiter du jardin quand il fera un peu plus chaud. Je vais lire, écouter les podcasts de France Inter et France Culture. Faire mon courrier en retard.  Mais surtout ne pas sortir ! La rébellion franchouillarde à ce propos m’agace vraiment, tout comme les mensonges de nos dirigeants. Au lieu de nous envoyer voter, ils auraient dû nous confiner une à deux semaines plus tôt. Mais on est toujours plus forts que les autres !

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* Pierre Joliot  - La Recherche Passionnément 

lundi, 24 février 2020

Nous appellerons émotion une chute brusque de la conscience dans le magique. *

La fin de février annonce le printemps. Enfin ! Jamais hiver n'aura paru si long. Peu de lumière, peu de froid, pas de neige, beaucoup de virus. Malade 3 semaines en décembre, mal remise jusqu'au 13 février, malade de nouveau. Pour nuire à mon optimisme et à celui d'ADMV qui est encore plus malade que moi depuis largement aussi longtemps, les média ne parlent que du coronavirus. On a beau savoir que jusqu'ici il a surtout fait mourir les personnes très âgées et/ou souffrant de quelque chose de bien plus grave, c'est anxiogène. Dans les lieux publics où nous toussons, les gens nous regardent méchamment et méfiamment. (ce deuxième mot n'existe pas, mais est à propos.) J'ai beau savoir que les personnes asiatiques sont l'objet d'un raciste silencieux mais ostensible, cela ne me console pas. Cette santé bancale depuis presque 10 semaines m'aura fait tester l'enseignement sans entendre. Cela amplifie les bruits de fond en brouillard sonore assez désagréable, cela transforme ma voix comme si j'avais un mégaphone intérieur et pour ne pas passer pour une idiote, j'évite de faire répéter mes élèves, ce qui me rend très "bienveillant" quant à l'évaluation des prestations à l'oral de mes élèves. Je vais terminer cette carrière en étant très populaire ! J'ai voulu consulter mon ORL, mais les rendez-vous ne se prennent que le premier lundi du mois. Je n'ai su cela que le mardi 2 février. A 24 heures près, j'ai repoussé ma consultation d'un mois. Mon rhume le plus récent a contribué bizarrement à débloquer quelque peu mon oreille droite. Mais j'ai encore quelques acouphènes persistants. 

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Loin de ma tête, mon entorse de la cheville, qui date du 28 octobre, me handicape pas mal et rend toute activité pénible, sauf si c'est une activité assise. Je suis donc allée au cinéma où j'ai vu "Deux". Un sujet qui m'a beaucoup parlé, car à quelques années près, j'aurais pu être amenée à vivre ça. Mais heureusement la loi a rendu ma vie privée plus acceptable et visible surtout par mon entourage. C'est bien qu'il y ait des films qui abordent l'invisibilité de l'homosexualité, mais j'aurais aimé plus d'émotion. 

J'ai lu aussi, dans mon beau fauteuil, cadeau de noël d'ADMV. Le Lambeau, de Philippe Lançon et parallèlement Semeuses de Rire, raconté par une clowne que je connais bien. Deux émotions différentes, mais des émotions vraies. 

Je suis allée une fois à la piscine. Se déplacer sans glisser est un peu un parcours du combattant, mais une fois dans l'eau, j'adore. 

Et pour essayer de régler mon problème de cheville qui ne peut plus fonctionner normalement, j'ai démarré un traitement d'ondes de choc. Ca fait mal, mais ça fait du bien là où ça fait mal. Tiens, ça me rappelle une pub. J'espère que ça marchera aussi bien qu'il y a 6 ans. Achille m'en veut ! 

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On a commencé à regarder une série dystopique sur le thème "et si les nazis avaient gagné la guerre...", Le Maître du Haut Château. C'est extrêmement bien fait, mais extrêmement flippant. Après le premier épisode, j'ai rêvé que la police venait m'arrêter car j'avais intitulé un dossier sur mon ordinateur "Affaires Sensibles". 

Voilà ce que j'ai fait de mes vacances, pour l'instant. Cette semaine, je mange au resto avec une amie et je passe une journée à Paris. Le motif principal étant que j'ai oublié mes clés dans un musée où je suis allée le weekend dernier. Quand on n'a pas de tête, il faut avoir une carte "senior" ! Ma prochaine note sera peut-être sur mes aventures parisiennes.

* Jean-Paul Sartre

jeudi, 26 décembre 2019

"Mille cinq cents oies du Périgord ont entamé une grève de la faim à quelques jours de Noël. On ignore encore les causes d'une telle décision." *

Je crois que je n'ai jamais eu un premier trimestre aussi difficile : nouveaux programmes, en même temps que les anciens, nouvelles formes d'examens, imposées au dernier moment, sans aucune rigueur, des élèves de moins en moins prêts au lycée, à cause de la réforme des collèges, une réforme des retraites qui va toucher tout le monde, mais qui dans l'enseignement semble un assaut final dans la destruction des forces et du moral des troupes, des tensions au sein de l'équipe entre qui fait et ne fait pas grève, des reproches, des culpabilisations, des auto-victimisations, de la fatigue, l'impression qu'au moindre pas cela va exploser.

Et cela a explosé.

Dans mon cas, le 28 octobre, en Angleterre, à Brighton, une ville que j'adore, mais où j'ai shooté malencontreusement du pied gauche le nez en l'air à regarder les peintures murales qui inondent la zone piétonne. Depuis, je boîte. Au début, beaucoup, et ça faisait mal. A l'entorse s'est ajouté une déchirure musculaire dans le mollet. Aujourd'hui, je boîte encore, pas que j'aie mal, mais il y a une flexion que je ne peux plus faire. Il me reste 10 séances de kiné. Je garde donc espoir. Mais j'ai la hantise de rester handicapée. Ce serait idiot, alors que je vais bientôt être totalement libre, que je ne puisse pas marcher !

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Tout est prêt, je quitte l'éducation nationale le 1er octobre 2020. Cela va être une grande date pour moi, et qui sait, le renouveau de ce blog ?

En attendant pour terminer l'année dans l'ambiance de ce trimestre, je suis atteinte d'un virus bronco-pharyngo-etc, depuis le 16 décembre, et ce noël a vraiment été le pire de ma vie. De notre vie, puisqu'ADMV, elle, est malade depuis le 9 décembre. Ce matin elle m'a dit que pour la première fois elle se ressentait "normale". J'ai donc de l'espoir. Je devrais me sentir vraiment mieux le 1er janvier, et il me restera 5 jours de vacances, juste assez pour préparer mes cours, corriger mes copies, etc, pour la rentrée. 

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Je vous souhaite vraiment de ne pas avoir eu à affronter de virus, il parait qu'ils sont plus agressifs à cause du réchauffement climatique, et d'avoir pu tranquillement profiter de ceux que vous aimez. S'ils n'ont pas pu tous venir par le train, dites-vous que vous les retrouverez un peu plus tard, et un dîner en petit comité n'a pas que du négatif !

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* Daniel Prévost

 

mardi, 20 août 2019

A propos de Frédérique Bonnal / "Je suis curieuse des gens. C'est l'essence même de mon jeu d'actrice..."*

Il y a bien longtemps, après avoir eu mon concours, j'ai pu suivre une formation professionnelle dans ce qu'on appelait à l'époque le CPR. En plus de nos heures de pratique, 9 heures devant les élèves, nous avions une journée de formation théorique par semaine. Nous avons eu droit en plus à deux stages de 5 jours me semble-t-il dans deux spécialités que nous pouvions choisir. J'avais opté pour informatique et théâtre.

Le premier stage m'a vue essayer de comprendre ce qu'était un ordinateur et ce qu'on pouvait bien en faire dans notre métier. C'était assez complexe pour deux raisons. La première, c'est que nous travaillions sur des TO5 ou autre dinosaure et on ne nous enseignait que de la programmation, largement trop dur pour moi, et largement inutile comme la suite me l'a prouvé. La deuxième cause de difficulté pour moi était de jouer le moindre rôle dans cette formation, vu qu'on nous avait imposé des binômes et que le mien, prof de physique, pensait tout savoir et ne me laissait rien faire.

Le deuxième stage fut une réussite complète. Il était animé par une actrice, Frédérique Bonnal, qui nous a permis avec talent, humanité, pédagogie, intelligence, et j'en passe, à nous exprimer clairement, à nous mouvoir devant un public, à trouver notre place dans un groupe, à travailler sur nos émotions intérieures pour savoir les maîtriser à l'extérieur. Je me souviens de ces 5 journées avec un bonheur immense. Frédérique Bonnal nous avait aussi parler de son métier, de cet accent du midi qui lui faisait trouver des rôles, du dernier téléfilm qu'elle avait tourné avec Jacques Dufilho, de Jacques Dufilho, de sa passion pour son métier. 

Plus tard, je l'ai découverte dans le film de Guédiguian Marius et Jeannette, puis dans presque tous les films de Guédiguian. Des rôles plus ou moins importants, mais toujours justes. Et j'étais contente de la recroiser, même si elle ne s'en apercevait pas. 

Récemment j'ai pensé à elle, comme souvent, et me suis dit qu'avec internet, je pourrais peut-être la joindre, sur facebook par exemple. J'aurais aimé lui dire combien elle m'a apporté, alors que je n'étais qu'une jeune prof, assez timide, vite dépassée par les émotions.

Mais je ne pourrai pas. Elle est décédée le 29 juillet 2017. Elle était née en 1953. Je ne me souviens pas d'un hommage à la télé, ni même d'une annonce au 20 heures. Alors, ici, je veux lui rendre hommage. Elle n'a pas forcément fait une grande carrière, brillé dans les magazines ni à la télé, mais elle était une excellente actrice, et une femme généreuse, ouverte, et qui savait partager sa passion. Sur internet, on trouve peu de choses à son sujet, mais les messages laissés sur le site du CNSAD disent combien elle mérite qu'on se souvienne d'elle. http://www.rueduconservatoire.fr/article/6014/deces/frede...

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*"... Ca m'intéresse de savoir ce que ça ferait d'être vous." Meryl Streep

jeudi, 01 août 2019

“Islands are metaphors of the heart, no matter what poet says otherwise.” *

 

J'ai rencontré une île. Mull. En Ecosse. Des amis anglais m'en avaient parlé, j'en ai rêvé pendant pas mal d'années, et cette année je me suis décidée. 

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L'Ecosse est bien plus loin que beaucoup de gens s'imaginent. A partir de Glasgow, les kilomètres annoncés peuvent être doublés en temps, à cause des méandres de la route, des routes à deux voies simplement, très chargées, du temps (je veux dire la météo) qui parfois rend la circulation humide et glissante et des paysages qu'on a envie de regarder où que l'on passe. J'ai donc voulu nous épargner de circuler de Douvres au nord de l'Angleterre et d'entrer tout de suite dans le vif du sujet en voyageant de Zeebruge à Hull en bateau, de nuit. C'est comme une mini croisière, qui nous évite de conduire 564 miles (908 kilomètres). 

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A Oban nous avons repris un petit ferry pour une traversée de 45 minutes maximum, et nous sommes arrivées à Craignure (oui, drôle de nom) sous la pluie, mais même sous les cordes, l'île nous a tout de suite conquises. Pendant 5 jours nous avons parcouru toutes ses routes, oui toutes, et avons foulé ses chemins, son herbe rase agréable comme un tapis, croisé ses moutons qui paissent en liberté, ses vaches dont les troupeaux peuvent nous surprendre sur des voies très escarpées. 

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Nous avons visité quelques lieux historiques, mais surtout nous avons donné à nos yeux de la beauté et de l'immensité. Non stop ! 

Je vous conseille ce lieu pour des vacances reposantes, inspirantes. Emportez avec vous jumelles, cartes d'état-major (Ordnance Survey en anglais), de bonnes chaussures imperméables et un ciré, mais aussi des vêtements légers, car il ne fait jamais froid. On nous avait parlé des midges, nuées de moucherons, mais ils nous ont épargnées. 

Mais n'hésitez pas, c'est un lieu de rêve. Les gens y sont très cools, la circulation sur routes à une voie se fait avec beaucoup de politesse et de respect, quel que soit la taille de votre véhicule. On n'y trouve pas beaucoup de magasins, mais quelques pubs, cafés, hôtels où l'on mange bien, ainsi que les "cafés" et salons de thé où les sandwiches du midi sont délicieux, et pas trop coûteux. Vous pouvez opter pour le gîte, mais emportez quelques provisions ! 

Le reste de l'Ecosse vaut la peine aussi. Nous avons séjourné dans les Borders, moins touristique apparemment que le nord du pays, mais très beau aussi pourtant, et où les châteaux et bières sont abondants. Et nous avons terminé par Glasgow, ville très intéressante où nous avons été conquises par le musée et par un resto indien, qui fait oublier tous ceux que j'ai testés en France. 

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*Jeanette Winterson, Sexing the Cherry

mercredi, 12 juin 2019

"Il regarda l'eau, onduleuse et gonflée avec des fluorescences d'opale." (Sartre)

Nous avions bien choisi notre weekend. Nous avons pu profiter pendant 4 jours d'une région merveilleuse. D'habitude, quand je passe par Calais, je traverse la Manche, et je pars parler anglais. Là, je suis restée. J'ai profité des grandes plages où l'on peut marcher des heures et avoir l'impression d'être seules, malgré l'affluence des touristes. J'ai profité des bons petits restos et leurs recettes encore locales et non globalisées. Et les balades le long des falaises d'un nez à l'autre font agréablement brûler les calories. En plus, nous avions trouvé une chambre d'hôtes géniale, pas vraiment bon marché, mais qui le vaut bien. Le petit déjeuner et l'ambiance cosy au milieu des fleurs m'ont enchantée. Je peux encore me payer ce luxe, on verra dans quelques mois quand je serai retraitée. Mais alors, j'aurai moins besoin de repos et d'oubli de la réalité stressante, enfin j'espère. 

Vous voulez profiter de tous ces moments, un peu, virtuellement ? Cadeau, mes photos !

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