vendredi, 29 février 2008
Shakespeare ou pas Shakespeare...
Cet après-midi j'interrogeais pour le bac blanc en anglais de spécialité en L. J'ai eu confirmation que je faisais bien de ne pas faire étudier d'oeuvres trop anciennes à mes élèves. Il y a deux ans, j'avais étudié Sula de Toni Morrison, et cette littérature moderne, parfois un peu choquante pour mes jeunes élèves, les avaient fait avancer. Cet après-midi, j'ai eu l'impression qu'en me commentant leurs extraits de Macbeth, ils avaient déjà mis tellement d'énergie à comprendre cette langue ancienne, les symboles et métaphores expliquées par leur prof, à mémoriser tout cela, qu'ils ne parvenaient plus à y ajouter une analyse personnelle. Je manque peut-être d'ambition. Certains vont me dire que je prône un nivellement par le bas. Mais non. En enseignant l'anglais de spécialité, j'ai envie de leur montrer qu'ils peuvent lire des livres entiers en anglais, sans souffrir. Et Shakespeare ne me semble pas l'idéal. Les faire assister à une pièce, leur proposer des extraits, OK. Mais l'oeuvre entière ! En fait le programme de cette option, me semble toujours fait en fonction des derniers programmes des capes et agregs. Comme si l'inspection générale se disait : comme ça les profs auront quelque chose à dire ! Rappelez-vous messieurs d'en haut, que mon capes date d'il y a 25 ans. Quand il faut choisir l'oeuvre parmi les douze proposés par le BO, j'ai toujours un dilemme. Soit je choisis un livre pas cher (un ou deux euros), mais c'est un pavé, plein de mots et expression d'antan que mes élèves ne connaitront pas, de références culturelles qui seront à des miles et des miles d'eux. Soit je choisis un roman contemporain, moderne, qui leur ouvrira peut-être l'esprit sur un autre monde, mais contemporain, ou vu par un oeil contemporain. Mais là, le prix fait souvent peur. Alors j'arrive en classe avec le pavé, et le livre que j'ai choisi. Je les laisse feuilleter à mes élèves, leur photocopie la première page de chaque, et leur choix est fait ! Ils économisent. Quand ils seront en fac, ils auront d'autres défis, et s'ils savent qu'ils ont été capables de lire un roman en terminale, ils feront l'effort de lire quelque chose de plus dur. Sinon, ils risquent tout simplement de changer d'orientation par découragement.

En attendant, tout à l'heure, j'ai souffert, et eux aussi.
18:02 Publié dans J'suis quand même un peu prof... | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : vive la vie, culture, prof

















